L'effeuillage

Publié le par François & Marie

-Gagné! J'ai gagné ! J'ai droit à "la" récompense... 
Julot, tout excité, jubile. Il va faire la bise à l'une des effeuilleuses!
Il dévale de son perchoir. Encouragé par la douzaine de spectateurs, l'air gourmand, il passe en revue les dames et demoiselles. Choisira-t-il la brune Odile, la jolie Claudette? Applaudi, il embrasse la blonde Nicole, la plus gironde des effeuilleuses.

mais1.jpgNe rêvez pas ! Nous ne sommes pas au cabaret ! 
Seulement dans une grange de l'avant- Bresse, un soir frisquet d'automne dans les années cinquante.. Famille et voisins sont rassemblés pour la veillée d'effeuillage... du maïs.
On a roulé des sacs de jute et de vieilles couvertures des armées sous les portes de la grange pour limiter le passage du redoutable vent du nord. 
Des monticules d'épis de maïs ont été déversés en large U sur la terre battue. On s'y perche, à un mètre du sol et on commence à dépiauter les épis qui sont jetés au centre de la grange. On ne leur laisse que deux oreilles feuillues. Elles seront nouées sous les avant-toits pour le séchage à l'abri des rongeurs. 
mais2.jpgTrès vite, la soirée s'anime. Julot vient de sacrifier, avec un plaisir évident, à la tradition des épis carmins dont la découverte permet d'embrasser qui on souhaite!
L'autre coutume est une sorte de petit bizutage. Dans ce genre d'assemblée, bien souvent une jeune fille vient accompagnée de son galant. Si ce bon ami n'est pas du village, le maître de céans lui propose, en grandes pompes, la place d'honneur, où il sera bien visible de tous. 
Il s'y installe rougissant  ou fanfaronnant. 
Mine de rien, les effeuilleurs l'observent avec une sorte de fébrilité. Ils guettent le moment où le non initié plongera les mains dans des épis rendus noirs et gluants par le charbon du maïs. Ce coussin de séant lui a été spécialement réservé, à son insu! C'est le prix à payer pour une intronisation bon enfant au sein des "écheilleurs de trequi". S'ensuivent des rires et quelques ritournelles d'adoubement. L'ambiance va crescendo. Les amuseurs s'en-moustachent de barbe de maïs, les bavards captivent par leurs fausses-vraies anecdotes.
maïs3

 

 

 

Peu avant minuit, les épis à oreilles forment une belle pyramide. Les effeuilleurs ont bien travaillé. Les fesses un peu talées et les doigts endoloris, ils retrouvent la convivialité d'une collation en charcutailles et tartes aux reinettes.
Jusqu'à l'entrée de l'hiver, il y aura bien d'autres soirées de ce genre, on se rendra la pareille entre "aidants" de ce soir.

Publié dans Souvenirs

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Tricôtine 24/11/2010 21:36



je découvre les bizutages au maïs !!! chez nous on met les nouveaux vendangeurs à la "baille" ( dans la remorque pleine de raisin) ou on les "mousteille" (frottée du visage avec les raisins
bien collants)  bizzoux Marie et François bonne veillées



Phil 21/11/2010 16:28



Cela me fait penser un peu, dans un autre style évidemment,  aux "veillées" de Jean Pierre Chabrol. Merci à vous deux pour cette histoire.



François & Marie 21/11/2010 17:07



Merci pour le compliment, c'est une référence très flatteuse, Marie sait bien rendre l'atmosphère chaleureuse de ces réunions où l'humain a toute sa place. 



jill bill 21/11/2010 02:56



Bonjour Cabardouche.... Je découvre l'effeuillage du maïs, ses us et coutume, c'est bien joliment raconté cet épisode de la vie aux champs...  Et le croquis à l'aquerelle
accompagne bien votre page.... Marie je vous félicite pour tout ceci.... Amitiés de jill 



François & Marie 21/11/2010 08:52



Merci pour vos visites, c'est vrai que Marie sait bien faire vivre les ambiances chaleureuses de la campagne .



Olivier de Vaux 20/11/2010 22:15



Je ne connaissais pas du tout ces "vyies peu dépanoyi l'troqui", ici il y en avait trop peu pour faire appel à l'entre-aide. Jolie description et aquarelles guillerettes.



François & Marie 20/11/2010 22:30



Ça se passait comme ça par chez nous. Au Québec ils appelaient ça les "épluchettes de blé d'Inde" , c'est bien dit aussi .