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Défi n°93 "Les âges de la vie" proposé par Jeanne Fadosi pour les Croqueurs de mots.

Publié le par François & Marie

année sage" Après de nombreuses années sans s'être rencontrées, deux personnes se retrouvent. La plus jeune a maintenant l'âge que la plus âgée avait à l'époque où elles se connaissaient."

Imaginez ce qu'elles se disent à haute voix et leurs réflexions (qu'elles n'expriment pas).

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Il plaça avec précaution ses pieds entre les deux cailloux blancs, agrippa son bâton de pèlerin comme il se serait affalé dans un fauteuil et fit face au lointain. Mission réussie, murmura le vieux Sage.

Comme s'il avait attendu cet instant avec impatience, un sautillant lutin guilleret, vif et léger, venu de nulle part, lui fit face.

- Salut l'An -cien! J'avais hâte que tu arrives. 

- Deux, zéro, treize! je t'attendais gamin.

- Tu as l'air las, deux, zéro, douze. Tu viens de loin?

- Du cycle trois cent soixante cinq.

- Euh! mais...c'est plus de ton âge de faire du vélo...

- (soupir) Je suis plus véloce que tu ne le penses. Trois cent soixante cinq, sont les jours que j'ai parcourus pour achever le cycle solaire. Je viens peut- être de loin, mais je suis parti d'ici aussi pétillant que tu l'es, sans être las ! 

- Wow ! eh ben dis donc, tout ça sans vélo, tu m'épates quand même. Bon moi, de toute façon le cycle scolaire ça m'intéresse pas trop, ce que je veux c'est parcourir le Monde !

- Oh mais tu vas le parcourir le Monde crois- moi ! C'est justement pour ça que je t'attendais. Gamin! je suis ton passeur de relais.

- Pff! Pas besoin de cette grande canne, vois comme je suis souple et costaud lance le jeunot qui bombe le torse et se transforme en petit pois sauteur.

Le vieux Sage le laisse patiemment perdre le souffle dans son numéro d'étourneau effréné. Il songe qu'il y a quelques huit mille sept cents heures, cette même impétuosité l'habitait.

- Oh là gamin! N'escompte pas rafler mon compagnon de route. Ce bâton est mon carnet de bord. C'est lui qui va m'aider à rendre des comptes à la Grande Confrérie des années qui passent.  

- Ne me dites pas que ce banal bout de bois écrira l'Histoire! raille le damoiseau.

- Ah, jeunesse! si tu l'avais mieux observé tu aurais vu qu'il est fait de strates de bois qui varient selon les événements rencontrés. Approche. Considère-le de plus près. Il débute en peuplier léger mais vire vite à la dureté du chêne; à peine est-il revenu à la flexibilité du hêtre, qu'il passe au pin noueux, pour terminer robuste séquoia et enfin sapin de fin d'année.

- ...Une vraie carte d'identité de l'année qui s'écoule...Et ces petits tronçons par ci par là?

Tiens, tiens, galopin! on interroge, on s'intéresse enfin, note in petto l'An-cien.    

- ...Des traces d'instants de grâce, en acajou raffiné, en cèdre parfumé, en bouleau -clin d'oeil à la régression du chômage, en merisier pour les moments intimes qui  empourprent les fossettes...

- ...Tout un résumé des douze mois écoulés...rêvasse vingt treize soudain pondéré. 

- Tu verras gamin le temps passe vite. Toi, tu ne feras que proposer et l'Humanité disposera...En janvier...

- La galette! La galette avec la fève! le coupe fébrilement l'espiègle.

- En février, les crêpes! et les oeufs en mars, sourit le vieillard, moi aussi j'étais un loupiot gourmand! 

- Ah! ça s'annonce bien! J'ai hâte, j'ai vraiment hâte de te relayer, piaffe le disciple qui ajoute vaguement inquiet, dans un peu plus de trois cents jours, est-ce que je vais te ressembler? Ta barbe et tes cheveux...ça craint un peu,  mais ton manteau, y déchire grave! il est trop d' la balle, euh...il est vraiment somptueux, veux-je dire! Est-ce qu'un jour j'aurai le même? 

- Et comment! s'amuse le Sage, c'est ma houppelande des saisons. Chacune d'elles y a laissé sa trace coloriée et ses parfums.

- Tchiao! File te reposer, heureux de t'avoir rencontré, je cours vers l'avenir!

Ah, l'avenir...un avenir est toujours incertain... temporise tout bas l'An-cien.

- Belle et bonne route fiston et bon vent deux mille treize!

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Note de la traductrice:

Les décors sont de Roger Harth  François.

Les costumes sont de Donald Cardwell  François.

Sur une idée de François!

superbement mis en scène par Marie ( note du décorateur.)

 

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Défi n° 92 "la cuillerée de lait" proposé par Lilou Fredotte, pour Les Croqueurs de mots.

Publié le par François & Marie

Rendez-vous au musée pour l'exposition Marc Chagall.

Un tableau vous impressionne "La cuillerée de lait".

Vous racontez et vous placez les mots: 

- binocle

- bonsaï

- bénévole

- bistrot

- barrir

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marc-chagall-a-table-1- Qu'est c'est c'grribouillage qui t'serrt de d'sous d'plat Elina?

- Oh c'est rien Panfil, c'est l'Marco, l'p'tiot Chagall, comme d'habitude il avait plus un kopeck pour nous payer son loyer, alors y m'a dit tout fièrot qu'en compensation y nous avait tiré l'portrait.

- C'est nous ça? Ben dis donc, on peut pas dirre qu'on a bonne mine...On se crroirait sorrtis d'la Kolyma où l'hiver dure douze mois... Et pis toi ma pauvrre Elina, y t'a pas rratée, avec ton fichu et ton tablier! Oh dis donc t'as vu, y m'fait t'nirr un livre...

- Ouais, ça c'est sûr, ça t'arrive jamais!

- Nan pourr sûrr, mais c'est pas ça: comment c'est-y que j'vais lirre, y m'a pas fait d' binocles!

- Oh pis t'as vu, y t'a ôté ton chapska, y t'a casquetté à visière! Oh la tronche, tu ressembles à un videur bénévole du bistrot du vieux port!

- Eh, qu'est- ce tu fais?

- Moi? rien!

- Nigaude, surr l'tableau! Tu me donnes un trruc dans une cuillèrre, c'est-y du poison?

- Bêta, c'est du miroton tout pâlichon, c'est p't'être bin du lait...

- C'est bien c'que j'disais...tu veux m'empoisonner!...du lait... ça fait plus de septante cinq ans que j'en ai pas vu d'prrès.

- Il a d'ces idées c'Marco...Il est pas méchant mais y sait pas t'nir un pinceau c' gamin, r'garde l'mur tout gribouillé, on croirait qu'il a pas eu assez d' force pour ripoliner une deuxième couche...

- On voudrrait pas l'vexer, c'est quand même l'fils de mon meilleurr pote, mais qu'est ce qu'on va en fairre de c'te crroûte, Elina? On va quand même pas l'accrrocher au piton d'l'entrrée?

- Ah ben nan Panfil, ça f'rait fuir le monde. J'ai une idée. Comme y fait un peu frisquet, dans les moins quinze, j'm'en va bien bourrer c'truc à la place du carreau dans la vieille remise, pour camoufler les courants d'air qui font grelotter mon bonzaï.

- Bonne idée Elina, faudrra juste en couper un bout, y rrisque d'être un peu haut pour la f'nêtrre... on va scier le bas, là où le p'tiot a mis son nom...on sait bien qu'c'est lui, il avait pas b'soin d'signer. Allez, ma jolie petite cerrise rrouge, serrs -moi donc le bôôrrtch et pis, oublie pas la vodka!

Le lendemain Panfil ahuri déboule dans la cuisine, le sifflet presque coupé,

- Elina! halète le moujik, j'ai bien peurr que Chagall soit devenu brraque...J'l'ai vu de mes yeux vu, y longeait trranquillement le murr de la vieille rremise, tout parr un coup, y s'est figé, y s'est mis à rrugir, à glapirr, à barrir pis s'est enfui en courrant et en f'sant avec ses brras des grrands moulinets, on aurrait crru qu'il avait vu du diabolique! 

- Ach mon pauvr' vieux sucre d'orge, va donc comprendre les ados...et pis le Marco c'est pas Picasso, j'ai bien peur qu'y fasse pas grand chose de bien dans la vie, l'gamin...conclut Elina opinant du foulard. 

 

 

 

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Défi n° 91 "Mon chez moi, ma maison" proposé par Jill Bill pour Les Croqueurs de mots.

Publié le par François & Marie

MON CHEZ MOI, MA MAISON. 

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"Un chat ne vit pas chez son maître, c'est le maître qui vit chez son chat."  

Quelle pertinente formule, parole de chat!

En conséquence, c'est moi le chat qui vais vous présenter la maison dont je suis le maître.

Ah! cette maison...Je ne l'ai pas adoptée par hasard.

En chat calculateur avisé flairant les prémices des frimas, dans un canard (entre bêtes il faut bien s'entraider) j'ai informé "Greffier  frileux fringant,finaud consentirait à adopter maison  nourricière hospitalière, exempte de congénères rivaux et de  canin turbulent et tapageur calme et accueillante pour séjour peinard  harmonieux."

Hasard inouï, dans cette même feuille de chou un entrefilet implorait "Urgentissime: maison cherche petit animal domestique, genre chat, effrayeur de souris. Félin félon, chapardeur de rôti s'abstenir."

chat-maison.jpg

Héhé, tout à fait mon profil! ... Hormis peut-être "petit"... pourquoi pas "riquiqui"! ...et puis "animal"...ça fait un peu "bestiole", n'est-il pas?...et puis encore "domestique"...ne serait-ce pas l'équivalent de "serviteur"? Hum...(rage-rage!)...un fier félin serviteur d'humains, très peu pour moi.

Soyons raisonnable, l'hiver approche, ne jouons pas au sourcilleux, allons vérifier l'allure de ce logis potentiellement nourricier.   

Rendez-vous est pris.

Après une rapide toilette de chat, j'arrive l'air dégagé, voire distant, maîtrisant avec application les frémissements impatients de mes vibrisses.

"Maison" est d'un abord avenant. Posée au centre d'un petit village très ordinaire, entourée d'un pré à vaches bosselé de taupinières, elle ne semble pas bêcheuse et ça me plaît (lassé de la gym en salle, le plein air de la chasse aux taupes m'ira parfaitement).

Pour me recevoir cette vieille dame placide ne s'est pas mise en frais; elle a gardé sa robe de vieilles pierres inégales, s'est à peine maquillée de glycines et d'une treille centenaire, s'est juste pomponnée de rosiers tout fous-fous, blancs et puceronnés.

Son air permissif joue en sa faveur. Pas de clôtures cadenassées, pas de grilles tarabiscotées, elle n'admet que des buissons de troènes tricotés de hêtres et de charmilles. Je frémis de plaisir lorsqu'elle me dévoile qu'elle a en horreur les stridentes sonnettes (hérisseuses d'échine) et qu'il suffit de s'annoncer en toquant à son huis. 

"Maison" n'est pas une maniérée adepte de raides fleurs pimbêches prisonnières de rigides parterres, elle voisine avec des iris mêlés aux framboisiers et aux boules d'hortensias. Elle me fait malicieusement remarquer que je pourrai cousiner en odeur de pipi de chat avec les buis joufflus qui font le gros dos par ci par là! 

Elle m'avoue être gourmande. Gourmande de verdure. J'ai en effet constaté qu'elle garde à sa portée des bataillons de noisetiers véreux, une kyrielle de très vieux arbres escogriffes, qui parfois se souviennent qu'ils ont été fruitiers. Aucun rideau ne voile ses issues; la nature s'invite en tableaux vivants à travers portes et fenêtres. Je note que tout en demeurant dans la tiédeur du logis, par les carreaux je pourrai terroriser les mésanges à casquette et les boules de billard déguisées en rouges-gorges. J'en bouillonne déjà! 

Mise en confiance, "Maison" me prie d'entrer. 

A peine le seuil franchi je bloque des tous mes coussinets, respiration coupée. Une imposante horloge comtoise me toise. Impassible et altière, sans perdre une minute, cette aïeule, digne fille de Chronos dit l'heure, dis-leur, dis-leur... dis-leur que le temps passe, semble-t-elle dire et redire. J'en suis tout mollasson! Son tic-tac hypnotique me met en transe et son air condescendant me fait régresser en chaton titubant... Ouf, l'argentine clarine qui tinte une demie, me fait retrouver mon souffle et mes esprits. 

- Euh... je ne m'attarde pas! balbutie-je en me faisant des croche- pattes, Madame je dépose mes hommages à vos pieds...(ouh la bourde!...cette horloge de parquet n'a pas de pieds, mais un socle, une sorte de piédestal de statue...ignare animalcule.) (Note de la traductrice.)

Sauvé! l'instinct de conservation (de ma dignité) m'a propulsé dans la pièce unique et  décloisonnée. Mumm, ça fleure bon les pommes à la cannelle. (...même un carnassier cruel peut avoir ses faiblesses...)

"Maison" m'a prévenu, chez elle il convient d'ondoyer (aucune difficulté, pour un chat, l'ondoiement est une démarche naturelle et gracieuse).

Ici, on ignore que le plus court chemin passe par la ligne droite, on slalome (quel rêve une maison pleine de cache-cache). De profil on ondule entre les fauteuils, on se déhanche pour ne point déranger posés au sol, miroirs anciens, livres empilés, lampes et tableaux (oies dodues, gouaches, aquarelles et un étrange, bovin pas mûr, une surprenante vache...verte! Talentueuses empreintes de François) 

"Maison" m'a averti,

- Mon cher si vous espériez  l'étalage d'un vaniteux écran ultra plat et le clinquant d'un bastringue haute technologie, vous risquez d'être déçu; la vieille télé et les engins de bruitage sont étouffés tout au fond d'un placard.

- Pourtant ...ces notes de piano...

- Ah, certains ont des privilèges...(chic, j'aime bien siester pianissimo!) 

- Juste une précision qui va combler votre instinct du confort, dans la "Maison", les chaises, ces  rigides mobiliers d'assise ne sont pas les bienvenues; de petits fauteuils coussinés devraient vous contenter.

(Mon rêve! ils m'appartiendront tous, je me réserve dès à présent celui au plaid mousseux près de la cheminée!)

- Un interdit à ne pas transgresser: vous devrez très formellement éviter de prendre pour échelle- à -cueillir- les -araignées- au plafond, les vénérables draps de trousseau monogrammés, en tentures de ci de là.

(...Quelle sévérité pour quelques lès de lin drapés en oripeaux ...pourtant, s'il y va de mon entrée dans la maison, j'y consens, de mauvaise grâce certes, mais j'accepte d' épargner les étendards, tout en continuant à titiller les araignées.)

Marché conclu, depuis ce jour la maison m'appartient!

- Et les souris? me direz-vous.

- Enfuies! Ce n'est que lorsque le chat n'est pas là que dansent les souris!   

L'heure des croquettes a sonné, la visite est terminée, revenez quand vous voudrez! 

 

 

 

 

 

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