Défi n°65- "De fil en aiguille" proposé par Tricotine, Capitaine de la Communauté "Les Croqueurs de mots".

Publié le par François & Marie

Prenez dans cet ordre: du fil, une ou des pelote(s), du tissu, des perles, du coton, un ou des bouton(s), un ou des (s), un patron, un peu d'imagination, un outil tranchant de votre choix et une ou des aiguille(s).

Vous écrirez un texte sous la forme qui vous plaira, qui n'a strictement rien à voir, de près ou de loin, avec la couture ou le tricot!

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Du coup de fil qui venait de le tirer du lit à deux heures du matin, Kakou n'avait retenu que l'essentiel "Urgence... Venir au plus vite."

Il inspira, expira à fond pour chasser cette impression de nerfs en pelote.

Le tissu de sa veste de pyjama en pilou lui collait à la peau.

D'infimes perles brumisaient son front, ses jambes étaient en coton.

Fébrilement il ferma sa porte et les boutons de son vieux trench cache-misère. 

Les dés étaient jetés. Quel cas d'école allait-il découvrir?

tranchant-effet-Il se remémora les situations délicates auxquelles il avait été confronté...

Son expérience lui servirait-elle dans cette urgence? 

Il fallait que ce soit du sérieux pour que le grand patron soi-même le réveille à l'aube.

Rapidement il fut sur place; le trajet avait été court dans la ville endormie.

Il se brossa méticuleusement les mains, revêtit la blouse et le masque, engouffra sa tignasse sous une charlotte élastiquée, chaussa les bottes immaculées.

Lorsqu'il entra dans la salle blanche, le silence le surprit,

Aucun chuintement mécanique, pas le moindre cliquetis.

Quelques silhouettes s'agitaient, le boss lui fit un signe de tête reconnaissant.

D'un rapide coup d'oeil il constata l'ampleur de la tâche, il y avait urgence en effet.

Un assistant empressé lui tendit l'objet tranchant.

Fiévreux et concentré, il s'en saisit. 

D'un geste sûr et précis, il coupa.

La masse libérée glissa mollement sur la balance,

L'aiguille s'affola, gigota, oscilla,

Puis... s'immobilisa sur 250,0001g !

Euréka! Kakou n'avait pas perdu la main.

Soulagé il brandit fièrement en signe de victoire son fil à couper le beurre.

Il venait d'extraire, à vue et avec une marge d'erreur infinitésimale, une fraction de l'énorme motte ivoirine.

Le grand chef se détendit, lui tapota l'épaule,

- Bravo Kakou Yard! ("cacouillard": surnom donné à un apprenti fromager-laitier en Franche-Comté). A toi l'insigne honneur de remplacer cette satané conditionneuse de plaques de beurre qui m'a laissé en rade; les piles de la cellule électro-optique* sont nases. Il t'en reste quelques cinq cents kilos à débiter en demi-livres d'ici neuf heures**. Courage mon gars, c'est bien toi le meilleur! 

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*    Ne cherchez pas à acquérir ce genre de modèle, il est classé irrévocablement obsolète.

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** En aparté, je vais vous livrer la fin de l'histoire.

Kakou découpa méticuleusement une dizaine de plaquettes sous l'oeil admiratif du grand patron. Dès que celui-ci eut tourné les talons, pas fou, il cessa cette tâche fastidieuse et attendit la "prise de quart" de ce bougre d'incompétent de la maintenance. 

Malgracieux, il lui intima l'ordre d'avouer où il cachait la réserve de piles.

L'incapable de service confessa qu'il était en rupture de stock.

Kakou  lui  fit du chantage conseilla d'aller dare-dare dérober à son fils (endormi) sa console de jeux (et ses piles) et de revenir plus dare-darement encore, en équiper la cellule en hypo-énergie, sinon ce serait à lui de jouer les trancheurs de plaquettes.

Rapter le doudou-fétiche d'un pré-ado ne posait aucun problème de conscience à Kakou. Il lui rendait même service en lui donnant ainsi l'occasion de passer plus de temps à réviser son prochain contrôle de maths. Il se demandait même s'il ne mériterait pas une médaille pour cette BA.

Dans la salle carrelée de blanc le train-train se réinstalla.

L'électro-optique optiqua à nouveau. 

Le mec de la maintenance rongea son frein en lançant à Kakou de venimeux regards.

Le reste de la nuit vit Kakou s'éclater sur  la console de jeux (rechargée sur le secteur,  précision pour les tatillons rigoureux).

Le boss lui attribua une prime très conséquente pour "Travail manuel nuiteux et éprouvant, effectué avec efficacité, célérité et conscience professionnelle remarquable". 

Le grand patron envisagea même d'instituer une médaille pour cette circonstance exceptionnelle.

Kakou décida de troquer ses blouses col Mao contre de plus appropriées à revers maxi, afin d'y épingler toutes les décorations qui ne tarderaient pas à lui échoir.

Il fit encadrer de matière plastifiée imitation vieil or et mettre sous verre sécurit son outil tranchant (qui est du plus bel effet sur le faux marbre de sa fausse cheminée).

Le gars de la maintenance réclama sa retraite anticipée. Son fils retrouva sa console mais s'ingénia à rester réfractaire aux mathématiques.

Ainsi va la vie ... 

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enriqueta 01/11/2011 08:23



Bel exercice de style.



Marie de Cabardouche 12/10/2011 18:16



Merci Papiluc d'être passé nous faire une visite!



papiluc 12/10/2011 16:17



Voici une histoire qui sait faire son beurre.


Encore une agréable découverte, grâce aux Croqueurs et leurs défis. Merci à eux et à Tricôtine leur capitaine pour tout cela.



Marie de Cabardouche 07/10/2011 21:53



Lilie-Norlane-   Merci pour votre visite.



Lilie-Norlane 05/10/2011 10:26



Bravo pour cette histoire surprenante, loin de la couture !



Andiamo 04/10/2011 13:39



Votre histoire de beurre m'en rappelle une autre, qui avait pour cadre Paris. Il y était également question d'une danse un peu vieillotte, remise au goût du jour !


Vous voyez ? 



Marie de Cabardouche 04/10/2011 11:15



Monelle-   Ah ces objets tranchants sont à manipuler avec précaution, ils ont zigouillé le "e" de couperet!



Marie de Cabardouche 04/10/2011 11:10



LCS-    Merci pour votre visite et votre jeu de mots. Bonne journée!


 


ABC-    Les mots sont plus agréables à manier que les maths! Belle journée.


 


Dominique-  Le suspens réside dans le fait de ne pas trancher trop vite dans le vif du 


sujet! Merci pour votre passage sur notre page.


 


Tricôtinôlait-  C'était un petit clin d'oeil pour toi, adoubée à la congrégation des amateurs de lait frais qui moustache!


Bisous à toi aussi!


 


Monelle-   Le coupret se devait de ne pas tomber trop tôt! Bonne journée.


 


Jeanne Fadosi-    Oh que non! Aux gros sous, Kakou préfère les médailles si seyantes au revers de sa belle blouse.


Mais, finalement il va revoir ses préférences depuis que par mesure d'hygiène on lui a conseillé de les laisser sur sa fausse cheminée. Et ...il va peut-être réfléchir à votre suggestion!


 


Lénaïg-  Contents que vous ayez passé un bon moment! Merci pour votre visite, bonne journée!


 



Lenaïg 03/10/2011 23:38



  Les créateurs de cette brillante et réjouissante page peuvent eux-mêmes s'apprêter à porter de larges revers !
Tout est trouvaille et rigolo là-dedans, y compris les ratures. Merci pour le bon moment, Marie et François.



Jeanne Fadosi 03/10/2011 17:17



On va de surprise en surprise d'un rythme soutenu au pays  d'un bon beurre ! Quant à troquer ses idées pour des médailles ... il ne va pas demander une augmentation plutôt ?


Belle semaine



Monelle 03/10/2011 16:58



Une histoire haletante dont le début ne laisse pas présager de la fin ! bravo !!!






Tricôtine 03/10/2011 11:28



quel suspense... et je fonds en sourires et langue pendante comment as tu osé .... dans le vif de mon sujet favori !!!
hihi, le Chirurgien haute précision que j'imaginais au départ est un drôle de lascar m'enfin !! j'adore Marie ça sent bon la Franche "contée" et la crème toujours par chez toi !! gros bizzoux les
canaillous Tricôtinôlait vous salue bien bas !!!



Dominiqur 03/10/2011 10:30



Bonjour Marie et François,


Une histoire fort amusante, qui tient en haleine jusqu'au bout, vous savez instiller le mystère!


Amicalement


Dominique



ABC 03/10/2011 09:30



Une belle médaille et pas de maths on ne peut pas gagner sur toute la ligne !!! Quelle histoire !



LCS 03/10/2011 08:46



La médaille est bien méritée. Y'a qu'à courber le dos face à Kakou.