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Défi n° 133 (Pseudo du blog) proposé par HARMONIE pour les CROQUEURS de MOTS.

Publié le par François & Marie

 

METTRE EN SCÈNE LE PSEUDO DE VOTRE BLOG :

"CABARDOUCHE".

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Les re-voici, les re-voilà !

Dans la cour de la ferme ,"Marie-tout court" la ptiote paysanne met en garde Charles Édouard, ptiot parigot. 

- Pârs gaidge à la CABARDOUCHE ! 

Prends garde à la CABARDOUCHE !

- CABARDOUCHE ?... mais qu'est-ce donc que celà mon amie ?

- Hin-hin, man ptiot parigot ! I vint du djasé- patois francoprovençal arpitan qu'an cause pas bin loin d' lâ Su---isse ! Charche don c'qu'i veut dir' !

C'est issu du parler - patois francoprovençal arpitan utilisé pas loin de la Suisse. Devine donc ce que ça signifie ! 

- Hum ... Ça se mange au goûter, CABARDOUCHE ?

- Nan !

- ... Ça peut faire mal, CABARDOUCHE ?

- I s' pourrôt !

Ça se pourrait !

- C'est contrariant !... Nanny dit que je suis un petit être sensible et délicat...

- Ouais ! Pieutôt in ptchiot trouillou ! 

Oui !  Plutôt un peu trouillard !

- ... Ça peut salir mes habillements, CABARDOUCHE ? 

- Dês coups voui, dês coups nan ...

- Fichtre !...  Nanny n'apprécie guère que que je gâche mes tenues... 

- Ouh le trouillou, lalalèreu ! Si te d'vines, t'érâs in ptiot r'lôchou !

Si tu devines, t' auras un p'tit bisou !

- Dis... Marie-tout-court, après moultes et mûres réflexions, je ne souhaite pas "être" CABARDOUCHE...

- Poure Roudoudou, t'es de pieus en pieus beurdin ! Acoute-me don ... A pe d'eun',  an "êst" point CABARDOUCHE, an "fâît" CABARDOUCHE... A pe ...

           SPLACH !

Pauvre Roudoudou, tu es de plus en plus benêt ! Écoute-moi donc... Primo, CABARDOUCHE, on "ne l'est pas", on le "fait"... Et puis...

            SPLACH !

- À l'aide ! Marietoutcourt ! Vite ! À ma rescousse ! J'ai chaviré sur le bord de l'auge des nourrains et j'ai chu dans leur pâtée ... Beurkbeurkbeurk ! 

auge2.jpg

- Wat ! J' m'en va te réscousser, poure bâllot ! Sins fér' exeprés, in cheuillant dins la pôtchâ dês nêurains, te vins d'fére CABARDOUCHE, i manque ren ! 

                      T'as viri cment in trebe-yôt, 

                       t'âs chambardé,

                       t'âs chê,

                       te t'âs r'trouvé cul su berdouille,

                       t'âs fét CABARDOUCHE, quouais !

Allez ! Je vais te réscousser pauvre benêt ! Sans le faire exprès, en tombant dans la potée des cochons, tu viens de "faire CABARDOUCHE", il ne manque rien !

                        Tu  as tourné comme une toupie, 

                         tu as perdu l'équilibre,

                         tu es tombé,

                         tu t'es retrouvé cul par dessus tête,

                         tu as fait "CABARDOUCHE", en somme !

- ! Marie- tout -court, n'oublie pas mon p'tit bisou !

- Faudra te récœurer d'vant !

Il faudra énergiquement te nettoyer avant !

- ..."Te récœurer"... Krouik !..cmen si ma potchiâ ètôt cradouille... ill y êst mouait'nant qu'le gârs parigot l'a saloupionnée en cheuillant le darrié d'dâns, se r'varpe le neûrrain ! ... "Te récœurer"... j' t'en foutrôt... Krouik !

..."Te récurer"... Krouik !... comme si ma potée était crade... elle ne l'est que depuis que le jeune parigot l'a polluée en tombant les fesses dedans, proteste le cochonnet ! Krouik ! 

piggy

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Pourquoi avoir choisi ce pseudo ?

- Mamie, raconte-moi le mouchou a pe la cabardouche ! réclamait ma fille, toute petite, à sa grand-mère.

-  La Léontine v'niôt d'ècarmouchi ! Ill forneille dins sês pattes poû èttrapper san mouchou. Ill fornaichôt si bin qu' ill s'â empatroïllie dins sa biaude, ill trôveôt point la pouche d'san gran d'vantier bieusse... V'là ti pâs qu' ill ça atout empouaigi lês pids dins ène r'messe ! Ill a fét èn' de c'tês cabardouches, vieux !

La Léontine venait d'éternuer ! Elle s'est mise à farfouiller dans ses vêtements superposés pour trouver son mouchoir. Elle founaillait tant qu'elle s'est empêtrée dans sa robe et qu'elle ne parvenait pas à trouver la poche de son grand tablier bleu... En plus de ça, elle s'est pris les pieds dans un balai ! Elle a fait un de ces cabardouches (une de ces roulades cul par-dessus tête) !

"Cabardouche", mot rigolo, est resté le terme fétiche de l'apprentie patoisante et a naturellement titré cette page de François et Marie ! 

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Défi n° 132 ("Expression connue") proposé par Dimdamdom pour les Croqueurs de mots.

Publié le par François & Marie

" Expliquez à votre sauce l'origine d'une expression connue".

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Quand on aime on ne compte pas !

C'est pourquoi dans ce texte il n'y aura pas seulement une  expression mais plusieurs, fruitesques et légumesques et quelques autres chiffresques !

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Les jambes en compote Abutilon* le jardinier en a gros sur la patate.

Depuis plus d'une heure il fait le poireau et risque bien de prendre racines...

Tel le  balancier d'une pendule comtoise, il dandine, d'une main moite à l'autre  aussi tiédasse, une botte des fleurs de l'espérance, des perce -neige honteux de leurs clochettes flasquement ramollos.

Il n'a pas rêvé, Rose, pour qui il perd son temps et qui de ce fait lui devient si importante (dixit St Exupéry) lui a bien sussuré, entre la poire et le fromage, cher Abutilon, attendez-moi sous l'orme...

...Et il attend... et elle commence à lui courir sur le haricot ! 

Il se refuse à donner raison à ceux qui se demandent comment ce naveton haut comme trois pommes, les oreilles en feuilles de chou, avec un coeur d'artichaut et un petit pois à la place du cerveau, a-t-il bien pu taper dans l'oeil de Rose, cette belle plante et néanmoins mathématicienne... Qu'ils s'occupent donc de leurs oignons... rdv2

Pour lui c'est la fin des haricots... le bouche à oreille a fait boule de neige; ceux qui ne peuvent tenir leur langue ont dû lui révéler qu'il est sans un radis, fauché comme les blés...

Abutilon vire morose... Il ne voit pas la vie en rose tant qu'il ne voit point poindre Rose...

Finalement Rose point enfin ! Rouge comme pivoine et pourtant tirée à quatre épingles, elle accourt quatre à quatre.

- Cher Abutilon, pour ce retard, pardon ! Mon coiffeur m'a retenue cent sept ans, il n'en finissait pas de couper les cheveux en quatre, d'aller chercher midi à quatorze heures... Pfou ! j'ai bien cru qu'il n'allait pas me libérer avant la semaine des quatre jeudis...

-  Humiliation de jardinier, mes perce-neige à vous destinés, se retrouvent tout fanés...

-  Vile anarchie mathématique ! le mille-feuilles que je vous avais concocté, comme chiffe molle vient de s'écrouler... 

- Ma bien-aimée, nous voilà à égalité !

- Mon Abutilon, quand on aime, on ne compte pas, voyons ! 

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abutilon* Le jardinier porte le même prénom qu'une gracieuse plantounette: l'abutilon, qui se targue d' être vivace tant qu'il n'est pas boulotté par son ennemie, la ravageuse araignée rouge qui, fine mouche brouille les pistes puisqu'elle n'est point araignée mais acarien... Ah j'te jure, dans quel monde on vit !

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défi n°131 "La chance dans les jeux de hasard. " proposé par Martine pour les Croqueurs de mots.

Publié le par François & Marie

Marie de Cabardouche "dénonce" François qui a intégralement pris en charge le texte et le dessin de ce défi, merci à lui !

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Fortuné Caso n’a jamais été capable de prendre une décision. Depuis qu’il arrive à se  tenir debout sur ses deux pattes arrières Fortuné s’angoisse à l’idée de trancher entre deux options . Fromage ou dessert ? Bourgogne ou Bordeaux ? Castor ou Pollux ? Fortuné ne sait pas décider. Cette incapacité le mine le déprime et devant tant de désarroi il se laisse sombrer dans une morbide boulimie à base de crème de marron. 

Près de s'empiffrer de gaufres tartinées de pâtes chocolatée, Fortuné voit un soir apparaître une sorte de luciole bleutée qui se révèle être une Fée. Si si, comme dans les contes. Chapeau pointu, baguette magique et sourire niais, la mini fée s’adresse au désespéré :

  - Bonsoir fils d’Adam, je suis Romone la fée et je viens vers toi pour t’aider . 

  - Hein ? quoi ? qui ? la fée Romone ?  et pourquoi pas la fée Licitation pendant qu'on y est 

  - ( elle n'était pas libre...) ... Bon. Tu souffres d’une grande névrose Fortuné, mais aujourd’hui le destin frappe à ton huis  pour t’aider à naviguer droit sur le long fleuve tranquille de la vie !

Hein ? 

  - Je viens t’apporter un truc pour t’aider.

- Ah ... Et comment savez vous que j’ai des soucis ? 

- Notre service informatique de renseignement est très performant, mais ne m’embrouille pas ; voici un jeu de cartes magiques. A chaque fois que tu dois décider de quelque chose, il te suffit d’en gratter une et le choix t'apparaîtra. 

- Oui bien sûr, ça a l’air intéressant mais je ne crois pas que je vais les prendre. 

- C’est gratuit. 

- Ces cartes vont certainement me rendre un grand service. 

La fée disparaît dans un «Pouf» bleuté suivi d’une petite traînée de paillettes dorées.

 carte-destin.jpg

fortune.jpgFortuné se retrouve avec un paquet de cartes à gratter magiques et gratuites. Il décide d’en tester une sur le champ pour voir leur efficacité. Après avoir choisi la carte «nourriture» il gratte ... excité par l’incertitude de l’aubaine,  que va t-il gagner ? un kebab ? une pizza ?  une tartelette aux framboises ? Las ! Il se retrouve avec un plat de brocoli à l’eau . Fortuné déteste le chou. Mais le hasard en a décidé ainsi et c’est le plat qu’il doit ingurgiter. Pour ne pas rester sur une défaite il décide d’en gratter une autre : la carte loisir. Fortuné se demande ce qu’elle va choisir : cinéma ? Balade ? Stage de poterie ? Sport nautique ? A sa grande surprise , il se retrouve à assister à un colloque sur l’émergence de l’économie alternative au service de la production des rondelles en acier brossé. 

Les conférences ennuient profondément Fortuné. 

Pris d’un doute sur l’efficacité de ces cartes il en essaie une autre : celle intitulée «emploi» lui qui hésite sur son avenir professionnel, il est curieux de découvrir ce que le destin lui réserve : fonction publique ? commerce ? artisanat ? que va décider le grattage ? 

Quand il voit apparaître « Danseuse nue» Fortuné fronce les sourcils :

  - C’est vraiment n’importe quoi ces cartes à la noix ! Je ne peux vraiment pas laisser mon destin être guidé par ces âneries ! 

Pris d’une salutaire rage , Fortuné prend pour la première fois de sa vie une décision :  il envoie balader les morceaux de carton et déclare bien haut qu’à partir de tout de suite il tranchera seul dans le lard pour savoir ce qui lui convient sans confier son destin aux fantaisies du Jeu ! 

 

Non loin de là, Romone la Fée savoure le bénéfice de son intervention, car grâce à sa ruse et à la poudre de perlin pimpin, Fortuné a renoncé au «JE» de hasard. 


 

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Défi n°130 "Évasion" proposé par Lénaïg pour les Croqueurs de mots.

Publié le par François & Marie

 

" Je voudrais qu'on s'évade, qu'on parte en escapade, je dis donc ÉVASION, on invente une histoire, on narre un souvenir, on s'exprime en prose ou en poésie." 

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Il est une fois un petit garçon de trois ans qui habite un vrai petit village rural (pléonasme totalement assumé !) 

Il a dans sa parentèle, un certain Gabriel, dit Gaby, colonel d'aviation de son état.

Gaby- Gabriel de temps à autre fait prendre l'air à son gros avion à réaction (certains se contenteraient d'un tour de vélo, Gaby lui, avionne !) 

La maison du mouflet se trouvant dans le couloir de ciculation du Gaby, celui-ci vient le saluer en rasant les toits dans un vacarme de tonnerre (il fait ce qu'il veut, c'est lui le colon, non mais !)

Tout le canton (ou presque !) sait que Gaby est en virée. Petit garçon en est très fier !

Il en trépigne de bonheur, vire girouette déboussolée dans le fracas du roulement grondeur qui s'éloigne. 

Il ripe de joie au milieu de la cour de la ferme où la poulaille caquette sa désapprobation. 

- Maman ! c'est Gaby ! Il est v'nu, moi l'a vu! Moi, moi... moi quand j' s'ra grand j' dira bonjour à toi avec mon groos navion !

Aussi, lorsque quelques jours plus tard Gaby- Gabriel arrive au volant de son Aronde dernier cri (aronde-hirondelle... il n'y a pas de hasard vous dis-je), petit garçon a bien du mal à s'y retrouver ... Où l'est ton navion, dis où l'est? et il se carre sur les genoux de son héros volant qui raconte, raconte... et le gaminou rêve d'éVasion. 

Cliche-2010-09-21-23-00-57.jpg

Ce rêve il le touche du doigt quand Gaby- Gabriel lui offre un cadeau fuselé, aux ailes encocardées de bleu de blanc de rouge.

Petit garçon arrondit bouche et mirettes, se fige un court instant empêtré d'émotion puis happe l'aéroplane en tôle et s'enfuit, encerclant de ses bras poupins le rouge cerise de son trésor. Il court l'asseoir au pied du grand tilleul.

À genoux devant son -navion- rien -qu'à -lui, petit garçon le contemple, sans oser y toucher puis s'enhardit vroum à faire tourner une puis deux hélices vroum vroum. 

Le carlingué flegmatique ne s'en émeut pas.

Clic, petit gars dégage le train d'atterrissage, clac le rengage, clic, clac, Gaby a raison, ça roule !

Le petit zinc est tout émoustillé par le truc herbu, censuré sur le tarmacadam, qui lui chatouille le ventre.

De petites mains agiles ploc, décapsulent le cockpit.

- Gaby a dit: avant le décollage, t'oublie pas, hein:  "chez clisse popoff hoquet ". (vouai vouai vouai ... et si on traduisait: "check list: pompe off, OK".)

Facile ! jubile le marmouset en asseyant son mètre zéro cinq sur le petit avion de quarante centimètres d'envergure.

- Paré?  Hoquet !  CHEZ CLISSE POPOFF HOQUET ! Et on s'envol' ...

...

Bernique !... Des clous !... Rien ne bronche...

Le marmot se bloque, sidéré... se reprend, re-récite la formule magique ... Macache...

Il houspille l'objet inanimé, Gaby a dit, chez clissse et tu voles !

Il enrage, Gaby a dit  Gaby a dit ...

Il suffoque de certitude Gaby a dit "tu voles" !

Il devient cramoisi, avance une lippe tremblotante qui fond bientôt en gros bouillons.

Et l'autre ! L'autre casseur de rêve, qui n'a même pas l'air capot, reste de marbre, vautré dans l'herbe qui l'a apprivoisé.

L'autre vilain vilain vilain qui s'en fiche de faire du chagrin...

L'autre qui se fait écrabouiller crac d'un grand coup de galoche bien fait bien fait, qui lui cambre les ailes en V.

Un V comme Victoire?

Un V comme éVasion? 

éVasion avortée pour cause de vent contraire: "Head wind". "OK".

OK ? tout simplement ... mais vous n'y pensez pas! Pour le bambin ce premier vent contraire ne se signe pas d'un "OK" de résignation... C'est un chaos qui le laisse KO. 

Par la suite on se blinde, mais pour  l'heure bon sang que c'est dur de renoncer à son rêve d'éVasion ...

Petit garçon en fait l'amère expérience. Il s'affale exténué, une menotte tombée sur le rouge de la tôle froissée et s'endort dans un gros OK hoquet de chagrin.

 

 

 

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Défi n° 129 " Voyage en nostalgie" proposé par Enriqueta pour Les Croqueurs de mots".

Publié le par François & Marie

"Voyage en nostalgie".

Choisissez dans vos photos anciennes une qui date de vingt ans ou plus, racontez-là.

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1960 - 2014 = 54

Gagné ! Ça colle à la consigne. 

Ces images ont ... quoi ? Déjà cinquante quatre années ! 

Années lycée.

Années pension.

Pensionnat de filles.

De filles venues de toute la France, pas la France des trente cinq heures, celle des quarante deux heures de cours par semaine.

Elles se les coltinent sans broncher. monique_0003flou.jpg

Toutes les deux semaines, le samedi à seize heures, elles s'envolent du pensionnat et s'y retrouvent le lundi à huit heures. En décomptant les trajets, ça leur fait, pffou... au moins trente énormes heures tous les quinze jours à passer en famille... Que demande le peuple !

Si une malencontreuse "colle" individuelle ou collective leur tombe sur le paletot, la sortie est reportée à la quinzaine suivante... La loi c'est la loi !

Ce lycée laïc applique des règles de vie quasi monastique. Plaf ! Le monde extérieur s'aplatit le nez contre l'immense portail que le concierge boucle à double tour crac-crac.

Interdits les journaux, les magazines et les nouvelles du monde proche ou lointain. 

Bannis les transistors méphistophéliques.

Tolérés les Kodak (Ouf ! Le défi d'Enriqueta va être possible !)  

Aucun événement externe ne doit venir perturber les études de quelques centaines d'agnelles bien à l'abri dans cette bergerie. 

Elles l'ont voulu, elles l'ont eu ! Après avoir concouru pour y être acceptées en quatrième, elles savent qu'elles n'en sortiront que huit années plus tard, bac, certification pédagogique et deux concours terminaux, en poche. Amen, la messe est dite !

Les brebis vont vivre sous la houlette d'une surveillante générale célibataire, pas grande, sans âge, austère, noiraude et Corse qu'elle nomme Ménazelles. Huit ans durant ses yeux pruneaux vont viser super bien  superviser toutes ces SES Mesnazelles.

Comme tout un chacun la Grande Manazelle a deux sourcils. Chez elle, curieusement l'un est très blanc, l'autre très noir.

Le haussement d'un seul, le blanc, marque la frontière entre une sévérité ordinaire et une foudre éminente. Mieux vaut ne pas provoquer l'élévation de l'albinos !

Toute Manazelle convoquée dans son bureau n'en mène pas large.

DEFI-copie-1.jpg

Chaque matin la Surgé - Grande- Manazelle inspecte SES troupes, emblousées semaines impaires de carreaux rouges qui virent aux carrelages roses les semaines paires. Malheur aux Mesnazelles en erreur de coloriage !

Chaque midi Grande-Manazelle et MADAME (la directrice) arpentent l'allée centrale du réfectoire. Les Manazelles disciplinées, par huit, debouts derrière leurs chaises attendent le signal du sit down - setzen sie sich, en lorgnant sur le saladier de végétaux qui complémente artistement le Formica rouge de la table. "Vous", là-haut Faites qu'il y ait un petit escargot dans la laitue, le partage m'en laissera davantage, merci "Vous".

Un signe discret de MADAME, décodé en "je vous en prie asseyez-vous donc à la place qui vous est impartie et prenez plaisir à déguster ce déjeuner inclus dans le prix de votre pension" (c'est fou ce que l'on peut traduire en une légère inclinaison de tête) et ça se met à brouhahater. La cheffe de table, qui change toutes les semaines, sert sans trop "paner" les unes et les autres. Tout ce petit monde se restaure de bon appétit. Hé! "Vous", où est l'escargot ?

monique_0007-flou-copie-1.jpgLe jeudi après-midi promenade obligatoire. Aération du bataillon et permission de contact visuel avec la civilisation.


Là aussi veille la Vigie.

Ses yeux vifs et implacables scrutent le démarrage du défilé de SES Mesnazelles.

Ses Mesnazelles gantées et chemisiées de blanc, en tailleur et béret bleu marine, chaussures impeccablement assorties.

Ses Mesnazelles par centaines qui vont traverser la ville en deux longs rangs d'oignons bien alignés, encadrées par quelques "grandes", niveau concours final, les pionnes.

Ses Ménazelles qui ne doivent se faire remarquer que par leur discrétion, Mesnazelles VOUS-REPRESENTEZ - LE - LYCEE, leur port de tête altier, leurs pas assurés une-deux-une -deux, ni fous rires, ni mollesses du genou, ni piaillements, ni blablatage. LE-LYCEE ! VOUS-ETES-LE-LYCEE, vous dis-je !

Prudence ! On chuchote qu'en ville la Grande Manazelle aurait SES espions... Les demoiselles ont intérêt à se tenir peinardes !

Il faut voir comme elles se dépeinardisent quand les rangs d'oignons déboulent enfin en vue des prés et des vignes, boum ! Explosion du cortège ! Quilles bousculées ! Feu d'artifice !

Libérées les donzelles ! Elles s'égaillent, se décontractent en épluchage de gants, valdingue des bérets, liquéfaction des tuteurs vertébraux, patati-patatage, rigolettes, shootages de cailloux, maraudes en tous genres (eh, gaffe à la pionne !), affalage dans l'herbe des talus, rhaaa... soupirs d'aise.

Rhaaa !  Deux heures durant les jouvencelles gobent l'air libre, aspirent le ciel ouvert. 

Deux heures si vite passées... Déjà on doit reconstituer le puzzle des Manazelles.

monique_0005-flou-copie-1.jpg

On réajuste le béret, 'tention ! pas de guingois "VOUS-ETES... "! Vite, on ratatine au fond des poches les violettes ou les trèfles à quatre feuilles cueillis dans un grand élan de fraîcheur à palper... et qui virent aux vieux poireaux que l'on ne cherche même pas à réanimer et que l'on écrabouille au retour, avec un zeste de mauvaise conscience entre les pages du gros dico. Cinquante ans après on les y retrouve raplaplats, anémiés, sécotement diaphanes au centre d'une auréole sépia ... on ose à peine les effleurer d'un bout de doigt... mollo-mollo on referme le gros dico... J'affirme pouvoir vous montrer sur quel talus sont restées leurs racines...

On ré-en-di-man-che len-te-ment les cinq doigts droits, identique punition pour les cinq gauches, so smart !

On se retuteure de la nuque aux talons.

On se remodèle pour la galerie un air de grandes filles modèles. 

On rectilignise les rangs d'oignons.

On rentre.

S'ensuit entre quelques inséparables, l'agréable moment du goûter. Aucune ne reste jamais au pain sec. Partager spontanément miels et confitures-maison avec celles qui ne rentrent pas souvent dans leur famille va de soi.

L'étude du soir, silencieuse, regroupe une quarantaine de Mesnazelles par salle.

monique_0010-flou.jpg

Interdiction de s'évader dans les pages d'un livre de bibliothèque ou bien d'habilement tresser des scoubidous, avant que les devoirs ne soient terminés; jolie surveillante surveille, l'esprit et le sourire ailleurs, elle tricote un pull torsadé pour son gentil fiancé qui ne rentrera pas de la guerre d'Algérie...

- Waouh ! Tu as "survécu" à tout ça, sans télévision, sans BD, sans téléphone, sans tablettes ? s'étonne la jeune génération.

- Il faut croire ! Tu peux ajouter sans chauffage dans les dortoirs, sans eau chaude aux robinets alignés sur un bac à toilette commun, sans maquillage, sans hystérie collective, sans piercing, sans cigarettes, sans french manucure, sans fringues de marques...

gouter.jpg- C'est toi qui refilais ta crème de marrons à ma mamine Thérèse ?

- Ouais ! en échange d'une demi-portion de "serpillière" !

- Quoi ? Pouâh !

- T'inquiète ! c'était le petit nom du hachis Parmentier, et il était bien bon!

- C'est vrai que ma mamie Christiane se faisait rapeller à l'ordre à cause du "pain du bourreau" ?

- Fallait pas rigoler avec ça ! Repas après repas, la cuisinière, dame âgée ( les plus de vingt cinq ans étaient des vieux à nos yeux d'ados) grande et sèche à l'impeccable chignon blanc, restait dignement assise à côté de la machine à couper le pain qui dzzzinguait, dzzzinguait, dzzzinguait les tranches de flûtes. Ta mamie désignée pour la semaine, réapprovisionneuse de la tablée, pressée de remplir la corbeille et de revenir à son assiette, harponne les tranches à la poignée et les jette plaf enchevêtrées en fatras dans la bannette. Petite, a prononcé calmement la vieille dame en retenant fermement le pan de la blouse de l'irrévérencieuse, le pain ça se respecte et celui-ci n'est pas le pain du bourreau (que l'on dépose à l'envers), tu le ranges ! Ta mamie a docilement aligné les morceaux et son pan de blouse a été libéré.

- Hihi ! Aujourd'hui encore elle est très pointilleuse et zieute souvent la corbeille à pain!

- Eh oui Mesnazeaux ! Les Nicole, les Monique, les Christiane, les Claire, les Thérèse, les Marie, les Simone des "années sans" ont été dispersées par la vie "avec" des responsabilités de profs, d'infirmières-chefs,  de conseillères, de kiné. Elles ont accumulé de beaux souvenirs, ont ravaudé tant bien que mal les balafres de leur âme et de leur cuir ... Une poignée d'entre elles ne s'est pas perdue de vue. Ahah, voyez, quand on parle du loup ! Voilà qu'arrivent les Ménazelles- "sans"! Zou-zou-zou ! disparaissez "jeunes z'avec" ! Faites place à celles qui ont cumulé pendant leurs "années sans" bien plus "d'avec" que vous l'imaginez et qui vont, illico, partager quelques bulles fines en hommage à plus de cinquante années d'amitié !

monique-champagne.jpg

 

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"les sentiments" suite ...

Publié le par François & Marie

bol-tupperware.jpg

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défi n°128 , proposé par M'amzelle Jeanne pour les Croqueurs de mots.

Publié le par François & Marie

"Les sentiments"

Par magie.. ou en réalité.. vous avez... connu..   aimé..
.Vous avez été le partenaire... le modèle..
Vécu dans l'univers d'un homme (ou d'une femme)  connu 

du siècle dernier.. ou de celui d'avant..

Il  ou elle était...
poète...philosophe.... écrivain..cinéaste.. acteur
.peintre..politicien..ou...

  Vous, vous étiez sa muse, sa femme, son ami, son médecin.. son mécène...
Nous serions  curieux de connaître

les sentiments

qui vous unissaient
Amitié.. amour.. jalousie.....
ou rancoeur ?

gloubgloub.jpg Gourmande recette, j'ai été

l'élue d'un bon gros, tout gros

 oeuf couleur jaune d'oeuf.

 Un dinosaure à gros pois

 bien placide, gaffeur et sympa.

 Inventorions ce qui, à jamais, nous lia:

  

 Besef bananes toutes bien-bien-bien écrasebouillées.

 Onze grammes vingt deux d'onctu-moelleux choc-chocolat usé? élimé? non! râpé.

 Un maousse-costaud pochon de fraises confites-confiturées.

 Largement, copieusement, incorporer de la moutarde ouch! très relevée, sans oublier la

 goulayante saucisse venue deToulouse, juste tièdie mais- mais- mais, toute crue turlututu.

 Ah bin, forcément! décorer de chantilly tireli aux anchois marinés et framboises-tagada en aïoli .

  

Ces années de compagnonnage m'ont vue passer d'états d'âme en état d'armes.

 Amusée de la frayeur des invités, euh présentement la Faculté me conseille d'éviter de grignoter ...

 Séduite quand Casimirius me malaxait de r'vin de r'va*, gloubi puis boulga!

 Irritée, effrayée... des commères lui avaient marmoté tourne la page, oublie-la pour un léger potage.

 Morte d'inquiétude quand on osait insinuer "régime".

 Ivre d'allégresse lorsqu'il proclamait tout fier, je vous présente MA recette, rien qu'à moi!

 Rassérénée quand il me fredonnait je t'aime ma gloubi, j'ai le béguin pour toi ma boulga!

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* De r'vin, de r'va: d'un côté puis d'un autre (patois d' chu mouais!)

affiche gloubi

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Robe de plage

Publié le par François & Marie

Marie se balade sur la plage et joue avec les coquillages ..

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Défi n°127 (bibliothèque) proposé par Enriqueta pour les Croqueurs de mots.

Publié le par François & Marie

Racontez une histoire (en prose de préférence) qui commence par " J'ai trouvé dans ma bibliothèque..." et qui se  termine par " Je ne suis pas bibliothécaire."

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- J'ai trouvé dans ma bibliothèque...

- Raconte! qu'as-tu trouvé? Un rat?... du genre  mus bibliothéca qui grignote chaque mot de chaque page, chaque page de chaque livre, qui mange et dort en lisant, qui marche en lisant, lesté d'un livre sous chaque bras.

- No rat!

- Des souris alors? des roses, des vertes, aux couleurs des bibliothèques.

- No mouse!

J'y ai trouvé une ruche, une fourmillière foisonnante. 

C'était par une nuit de brouillard*, le soir de la St Tome, non plutôt... St Portulan* ou alors St Elzévir*... va savoir...

Chez mes livres je suis doucement entrée, sans éclairer.

Leur cénacle hume le copeau de bois, l'herbe séchée ... et fugace... pfft... vite envolée, une petite note crème vanillée.

Alors qu'en journée ils font figure d'honnêtes ordonnancements, de silencieux alignements, lorsqu'ils supposent les Humains endormis ils s'agitent, jacassent, se dévergondent, bref, ils vivent!

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Du côté des atlas, ça ronfle! Repus de voyages ils ont gardé leurs brodequins, se souciant fort peu d'en égratigner Dame Raquin que Zola nomme Thérèse, elle supporte...tout en potinant de Bécassine à Clocher Les Bécasses avec une Madame Bovary triste et dépressive. Françoise Dolto l'aide à ouvrir la vanne aux paroles en lui contant les polissonneries de la petite Loulotte et la déride en mimant les grands airs de la marquise... de Grand Air!

Le vertueux livret des régimes réclame "mumm... encore encore" au jovial livre des confitures. En complicité gourmande, l'un se bedonne de plaisir et se délecte des recettes voluptueusement illicites que l'autre galopin lui distille, en se régalant de le corrompre! 

Un parfum de cabale plane sur le Mystère des cathédrales. Une dédicace qui me fut adressée il y a dix ans prétend que "Seul le feu de l'Esprit révèle les clés que ces pages recélent". Puissant! n'est-il pas? Tu comprends que ce soir j'aie soufflé sur les braises et espéré en vain que cliquètent les clés...

Par ici, ouh là! on gronde. Le manuel des bonnes manières accuse les albums à colorier de gouacher leur vie et leur prédit avant peu une mine de papier mâché. Ça barde! le Maître es chichis reproche aux papiers kraft leur perpétuel craquillage de gaufrettes. Ça suffit! À vingt deux heures passées d'une seconde, un couvre-livre bien élevé se doit d'être aussi moelleux qu'un couvre-lit, sinon c'est la chienlit!

Par là, on capte des effluves bouillonnants et parfumés...Les verbeux romans fleuves auraient-ils une liaison secrète avec les fabulettes à l'eau de rose?...  

Plus loin, Pierre Augustin Caron de Beaumarchais s'affaire. Il aimerait marier son Figaro du côté de chez Swann et commande à Marcel, Proust pour les intimes, une pièce montée de tendres madeleines moelleusement replètes.

Un froissement soyeux dénonce qu'une belle édition lustre avec constance son luxueux papier d'Arches et pomponne sa reliure marocain. Elle louche avec désapprobation sur une clique de missels malicieux. Les vilains gredins agitent en un petit bruit d'averse leurs minces pages follettes pour lui faire encroire qu'il pleut averse! 

Des clameurs guerrières agitent l'étagère supérieure. Des romans noirs, brandissant des ciseaux, menacent le fil des épées chez leurs turbulents homonymes encapés.

Imposants sans en imposer, épais sans être replets, amples sans ostentation, le bataillon des dicos a des allures de vieux Sages garants des vérités. Sûrs d'eux, tranquilles, ils peuvent être cloueurs de bec, veux-tu un exemple? "Nycthémère*"... héhé! ce n'est pas ce que tu crois!

À pas de loup je me suis éclipsée, laissant à leurs démêlés les papiers imprimés. Ces insolents marmots ont toujours le dernier mot!

- Le mot de la fin! Tu sembles véritablement les vénérer...

- Totalement! et seulement pour leurs beaux yeux, puisque je ne suis pas bibliothécaire.

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* Brouillard: main courante, registre de commerce sur lequel on inscrit les opérations au fur et à mesure qu'elles se font.

* Portulan: document mis au point par les navigateurs décrivant les ports de mer et les côtes.

* Elzévir: livre de petit format imprimé en Hollande par les Elzévier (XVI ème, XVIII ème)

* Nycthémère: dans le langage médical, espace de temps comprenant un jour et une nuit.

 

 

 

 

 

 

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Défi n° 126 proposé par Jeanne Fadosi "Les chaises d'Emile" (suite) pour les Croqueurs de mots.

Publié le par François & Marie

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Vous vous souvenez des chaises d'Emile (défi n°111). "C'est l'été, les oubliées sur la terrasse se retrouvent ici. Laissez-vous inspirer par cette image et personnalisez votre titre".

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 Les chaises dans les prés, le début de l'été... (sur l'air de "colchiques dans les prés, c'est la fin de l'été").

- Fait chhaud...

- ...

- Ça piiique!

- ...

- On s'ennuiiie...

- Tu t'ennuies! Oui les chardons ça pique, oui le soleil sans l'ombre d'une ombre, ça cloque, oui les orties ça urtique, réplique excédée la vieille chaise en noyer boucanée.

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- ...

- Ainsi la jolie petite chaise Vermillonne s'ennuie. Mademoiselle craint les orties, les moustiques, les guêpes et les fourmis. Pourtant Vermillonne était bien partante pour s'exiler " le long des prés déserts où le sentier dévale.../" *

- J'étais lasse d'être comprimée par le quintal du gros Léo, voilà!

- Mademoiselle peut être tranquille, gros Léo a l'effroi du coryza! Il ne risque pas de venir nous retrouver en pleine cambrousse où "/... la pénétrante odeur des foins coupés s'exhale"*.

- Sauvée! 

Ces jours derniers, au café d'Emile l'ambiance était morose. 

Son chiffre d'affaire dégringolait, son moral et sa peau grisaillaient. Il menaçait sévère de virer atrabilaire.

Inquiets, ses clients-acolytes se creusèrent le ciboulot pour colmater le trou dans la comptabilité du limonadier.

Après cogitations, palabres, querelles, ils se rabibochèrent et lui soufflèrent l'idée d'expatrier une partie de son mobilier dans la prairie jouxtant la brasserie.

C'est bien connu dit l'un, dans les monts et les vaux le chaland de l'été qui crapahute sac au dos, a bien besoin de temps à autre d'abreuver le chameau!

Un autre argumenta, colles-y donc deux sièges et une table potable, tu vas voir, ce sera très rentable.

Emile immergé dans le pétrin, submergé par les conseils de ses copains, émergea enfin de son état chafouin. J'y pensais justement hier déclara-t-il de très mauvaise foi! J'ai sous la main une vieille chaise marronnasse qui roupille sous un ficus momifié, c'est elle que je vais expatrier. Cette vieillerie ne craint ni le soleil ni les intempéries, ça va la ventiler décida l'Emile soudain tout requinqué. 

- Tss, tss... Ton antiquaillerie , elle est costaude mais, entre nous, assez... moche et bien peu attrayante, remarquèrent ses compères, il en faudrait une seconde une coquette, une affriolante... 

chaise.jpg

 Te souviens-tu gaie luronne, c'est à ce moment là que tu t'es mise à rutiler de toute ta couleur vermillonne. Eh eh! aujourd'hui tu fais moins la fanfaronne. Tu trépignais, tu te trémoussais, tu voulais capter l'attention de l'Emile. Tu te pâmais, ââhh les filles, je vais être très tendance et très chic,  je vais recevoir l'Oscar "Mobilier Outdoor", pour moi ça vaut de l'or, c'est Hollywood! Et te voilà dehors, de ton voeu exaucée, pourtant au lieu de jubiler tu récrimines, fait chaud, ça pique, ça gratte!

- ... Mais ça libère du gros Léo! Dorénavant Miss Outdoor-Vermillon ne réceptionnera que des sportifs élancés, musclés, bronzés, légers! la classe!

- Bien sûr ma jolie! Et que feras-tu des porteurs de croquenots à crampons qui t'érafleront? Et des transpirants qui te ventouseront de leurs cuisses en sueur? Et des excursionnistes nordiques qui t'écorneront de leurs bâtons? Et des impatients qui ébrécheront de tes pattes le vermillon? Et des ...

- Arrête! tous ceux-là, vieille chipie, ils seront pour toi tralala!

- C'est bien toi qui disais "l'Outdoor n'a pas de prix"!  Quant à moi...tu verras, tout le monde me fuira tantchaise22.jpg les moineaux et les pies m'auront crépie, ne le dis pas, je viens de passer avec eux un contrat tralala !

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* "Soir sur la plaine" Albert Samain    

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