Le pot au feu

Publié le par François & Marie

- Brrrou, quel froid, l'eau bénite a gelé cette nuit !
  Le vieux curé vient réchauffer ses mains au-dessus de la grosse cuisinière à bois où officie sa servante Fonsine.
- Qu'estcequ'ycroit, onestfingromblablanovembre, gromblablagelerblabla...
- Vous grommelez Fonsine ? Et... vous pleurez...
- NAN, j'pleure pas, m'sieur l'curé, j'épluche un oignon pour le pot au feu. Iladitj'aimeraisbienunpotaufeu, alorslabonne,ellepotaufeuse, gromblabla...
La-bonne.jpg
- Ouh, mais je vous sens morose, Fonsine. Le Seigneur vous a donné un don, vous êtes bonne cuisinière...

- Mouais, m'leditpasbinsouvent, gromblabla, etpil'Seigneurgromblabla, pasluiqu'épluche...

-Mum ! Votre pot au feu enchante les narines, il va être sublime. Pardon Seigneur! Ce n'est pas un péché de gourmandise, c'est de la bonne sustentation hivernale.
-Grom-mouais, dans sustentation, y'a tentation, vade retro...
-Je dirais plutôt, bénissez ce repas et ceux qui l'on préparé...
-Grom...CEUX, cest Fonsine...SEULEgrom.
Curé-gourmand aimait le gras dans le bouillon. Fonsine en était trop chiche. Curé- futé ajouta, 
-Vous méritez une récompense pour vos bons petits plats, je vais vous donner...
-Gromblabla, lesboutonsdeculottedelaquête, gromrapia...

- Disons...un sou pour chaque oeil de la soupe ! A tout à l'heure ma bonne Fonsine.
- ............. Encroispasmesz'oreilles ! Faisons du bien gras, trois os à moëlle, un soupçon d'huile de noix maison, ploc, ploc, un petit reste d'huile d'olives de son confrère de Cucugnan, glop, glop,...glop? oui, glop ! Va y en avoir des yeux dans la soupe !
  Voilà Fonsine toute ragaillardie, à l'idée des jolis sous qui vont pleuvoir dans son escarcelle. Ce n'est pas si souvent que son curé lui donne des étrennes.
 L'Angélus de midi sonné, le Benedicité expédié, monsieur le curé déploie sa serviette avec un soupir d'aise et de gourmandise. Fonsine, rouge d'un triomphe contenu, apporte la soupière brûlante,. Elle en soulève cérémonieusement le couvercle, comme on lève le rideau au théâtre. Elle est sûre de son effet. 
...Déception... elle a voulu son bouillon si gras qu'un seul gros oeil s'étale sur la soupe. Elle en reste bouche bée souffle coupé et louche levée...
-Eh bien Fonsine, vous le servez ce pot au feu à un sou, s'impatiente le curé avec un sourire jubilatoire !

 

L'bouli

Un bon bouli r'lusôt au ventr' d' in brave curaï d'par chu nôs. Sa volote, la Fonsine, le fiot jèmais prou grâs,  ill rèparmôt.
Qu'm'en el ètot bin roublard, è li promis autint d'sous qu'y èrot d'uïlles su l' bouillon.
La Fonsine qu'ètôt pré d'sè sous, s'a mise à encuchaler l'gras, ape que ch't'y va, ape que ch't'y va. 
Ill en avôt bin trop mis, y'a avu ren qu'in gros uïlle su l'bouli ! C'qui fè qu'ill a eu...ren qu' in ptiot sou !
T' vouais, dè coups, faut point étr' trop gormand, t'sé...

Publié dans Histoire en Patois

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Tricôtine 05/11/2010 22:35



hihi c'est la grenouille  de bénitier qui veut devenir aussi grosse que l'oeil de boeuf du potage !!!! un chou c'est un chou mais n'en aura qu'un !!  j'adore cette histoire !!! merci
Marie  et je suppose François aux images !!!



François & Marie 05/11/2010 23:00



Marie sait si bien raconter les histoires que François se plaît à gribouiller des illustrations,
ensemble nous choyons notre page. Merci pour vos gentils commentaires. 



Juntos 05/11/2010 10:19



Belle histoire bien racontée et superbement illustrée. Le dicton "le mieux est l'ennemi du bien" est en effet particulièrement vrai en cuisine. On veut abuser d'un ingrédient en croyant bien
faire, et c'est tout l'équilibre des saveurs qui s'effondre.



MARIE 04/11/2010 18:31



Le curaï devrait faire bi-quête(s), comme dans certaines contrées du ch'nord, il aurait ainsi plus de n'z'yeux dans le bouillon.


Chacun son truc, Caïn dans la tombe, Lebeuf dans l'assiette...



le pays du tse 04/11/2010 17:33



Les deux vieux sont devant leurs assiettes; l'oeil(du boeuf?) est dans la soupe et regarde chacun. Enco un cueuré rapia!



Phil 04/11/2010 12:46



Oui, oui, j'avais compris l'histoire. Ce sont juste les petites phrases en patois qui m'étaient difficiles. Pardon, pardon...



François & Marie 04/11/2010 12:50



AHHHH d'accord! on se disait aussi, avec Marie, les gens du ch'Nord ne connaissent donc pas les zyeux du bouillon ? 


Les phrases en patois sont la spécialité de Marie, elle sait raconter les histoires dans la langue fleurie des bonnes gens de par chez nous. 


Bonne journée. 



rouergat 04/11/2010 09:26



Bonjour François et Marie


Beau récit, le mieux est l'ennemie du bien, et les yeux sur la soupe n'étaient pas nombreux


J'ai bien aimé l'aquarelle du curé et de sa bonne


Et le résumé en occitan


Amicalement  



François & Marie 04/11/2010 12:42



ahhh ce n'est pas de l'Occitan c'est du patois jura/bressan. un joli pays où on mûrit des gros fromages (le comté)  


Merci pour vos visites, bonne journée à vous .



Phil 04/11/2010 08:46



J'aime bien mais j'ai pas bien compris la fin...



François & Marie 04/11/2010 12:38



Quand on fait du pot au feu, le gras de la viande fait des "yeux", des cercles qui flottent à la surface du bouillon. La bonne en voulant trop bien faire, n'a réussi qu'à faire un seul gros zyeux
et n'a gagné qu'un seul sou. 


bonne journée à vous 



MARIE 03/11/2010 17:51



D'accord avec vous, Monsieur O de V, cette aquarelle est particulièrement réussie. François est talentueux et modeste.Bonne soirée.



Olivier de Vaux 03/11/2010 15:40



Jolie chute, chouette histoire d'un temps désormais révolu et François a vraiment donné aux deux personnages l'expression qui convenait, chapeau.


 



François & Marie 03/11/2010 16:11



Si mes gribouillons sont expressifs c'est que j'aime les écrits de Marie. Merci pour vos visites.