La goutte -1-

Publié le par François & Marie

Alambic_bussard.jpg- On commence comment "la goutte" cette année, en ambulant ou en fixe? demande le Milon en rajustant les bretelles de sa bouille à lait.
- En ambulant, assurent deux ou trois bien renseignés.
Pour réchauffer ce petit matin de janvier, tous suçotent leurs mégots de Gitanes papier maïs. Ils reprennent leurs vieilles bécanes qui les ont amenés à la "coulée" matinale de la fruitière à comté.
- Y a plus que trois fixes précise l' Eunésime: le Louis qu'est hospitalisé, le Glaude qui passe l'hiver chez sa fille et le Marius qu'est pas pressé!
- Je commencerais bien annonce le Léon, pour être tranquille après. La Blanchette et la Lunette vont faire le veau vers la fin du mois, ça me ferait moins de tintouin à gérer en même temps.
- C'est bien facile, surtout que t'es le plus près pour récupérer l'alambic. On pourrait continuer en suivant si ça arrange tout le monde. A raison de deux jours en moyenne par bouilleur de cru, dans les deux mois, tout le monde aura fait sa goutte.
- Peut-être même avant. Est-ce que les Déchamps et les Essarts voudront distiller cette année? Les pères sont morts cet été, si les enfants prennent la relève, ils vont être taxés plein pot! 50% sur les dix premiers litres, 100% sur le reste, ça donne à réfléchir... C'était plus facile avant 1959, quand un bouilleur décédait, le droit de distiller se transmettait aux héritiers. C'est fini tout ça, tu dois payer pour terminer ton travail de vendangeur, quel monde!
Voilà comment une demi-douzaine de propriétaires-vignerons-récoltants,viennent de prestement planifier le cérémonial de la distillation de l'eau de vie, la "goutte" comme on dit par ici. 
Ils devront pourtant, auparavant en faire la déclaration officielle auprès des messieurs cravatés des "Indirects".
 Quelques jours plus tard, le Léon aidé de l'Abel vient récupérer l'alambic municipal qui somnole dans "la salle des pompes". Il y cohabite avec l'équipement des pompiers volontaires et l' hypomobile corbillard noir et argent. Seuls ceux qui manquent d'espace à domicile viendront distiller ici, "en fixe" à la fin de la saison.
Il faut hisser sur un plateau à deux roues la chaudière balourde, les cucurbites cuivrées, le refroidisseur et ses serpentins. La jument comtoise se charge d'amener le tout jusqu'à "la chambre à four" du Léon. Pendant deux jours, ce bataclan rutilant va impressionner les résidants habituels de la maisonnette, la vieille chaudière boucanée des patates à cochons, le placide four à pain de ménage, l'assourdissant broyeur de céréales et l'égrénoir à maïs. 
                                          (à suivre.)

 

An è in janvi, dans la quô d'la futrie. E sant cin ou si beyou d'cru à ch'vaux su yotè biclous. 
- Qu'm'en y'è ti qu'an la qu'mence c'ta goutte, c't'an nian? An fè t'y à la dralle ou bin ique?
- A la dralle! Y'a pi-e gran-monde qu'la fê ique din la sâlle dè pompes, à couté du côrbillâ!
- J'qu'm'enceros bin, qu'dis l' Léon. J'è dè vèch' qu'vont fér' le viau binstôt, y s'rôt fè.
- T'âs tout l'laisi, fè don qu'm'en c'qui! Ape apré, an èra au bout l'bout. J'vas m'oc'per dè paperasses dè rats de caves, y s'ra fè.
Y'è point des tra-aîniaux, hui je pi-e tard, le Léon ap'in volôt san v'ni charchi l'ailambic daveu l'ch'veau d'vant l'châ. E l'an amoné dans la chambre d' fô.

Publié dans Souvenirs

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MARIE de Cabardouche- 22/01/2011 18:35



Ah bin AGAG, t'âs p'tétre bin râison, è lé roulint encor, è z'ètint point encor' dè Crésus!


Y' ètot déjà pi-e l' tèbac à priser, dis-me don! J'aimôs point c'te papier trequi, y fiôt t'y sâle!


A te r'vouèr, j'te r'loche bin lè juas (l'avou s'qui reste d'la pièche veu la bârbe!).


Y m'â bin aidiée nôta causette de l'aut'je pou la goutte. J'me rappalle pont touj' de tout...



AGAG 22/01/2011 17:41



Formidables épisode 1 et 2 , seule précisions "z'avain pas des cigarettes papier maïs , c'en yto pou lès rupins, eh fien yeu mainme yeutai cigarettes qu'eh roulain dans le job qu'est deveni zig
zag ou ben à l'arbot."


 


 



MARIE de Cabardouche- 19/01/2011 14:45



Chaque région a son nectar, tord boyau (parfois)!


Quand on avait une dizaine d'années, on avait droit , de temps en temps, à un "canard". Ce sucre trempé dans la gnole nous faisait grimacer de plaisir!


Merci Phil !



Phil 19/01/2011 13:45



Vi, vi, j'ai connu dans les années 80 un jeune Alsacien qui faisait lui-même son"schnaps".


Dans la Nord, nous avons le "Wambrechies" : un alcool fort genre cognac mais c'est blanc. Enfin, je crois... Je ne sais s'il y a encore les usines de distilleries à Wambrechies. Wambrechies est
une petite ville voisine de la métropole Lille-Roubaix-Tourcoing.



MARIE de Cabardouche- 15/01/2011 23:20



Tricôtinolait, bonsoir!


La suite de la distillation du marc ne saurait tarder, dès que les aquarelles de François seront sèches.


Tu dois avoir de bons souvenirs parfumés au kirsch alsacien, ça ne s'oublie pas!


Pour ce qui est de la publication de mes textes du terroir, ta proposition est une bonne idée, merci!


François, l'administrateur saura comment s'y prendre, je lui fais confiance, il saura manipuler cette Technologie...


Bonne nuit, Tricôtinolait!



MARIE de Cabardouche- 15/01/2011 21:45



Andiamo-


Avec ces deux acteurs, ça ne devait pas être triste! J'espère bien retrouver un jour ces images.


Merci d'être passé!



Tricôtine 14/01/2011 21:58



je reviens par ici ... sais tu que tu peux écrire tes textes sur la communauté des croqueurs de mots, ce n'est pas uniquement réservé aux défis ! je suis certaine que cela interesserait pas mal
de monde  ton patrimoine régional!!  rebizzz



Tricôtine 14/01/2011 21:55



voilà une histoire d'alambic qui m'interesse ... les bouilleurs de cru il y avait ça aussi en Alsace j'en ai entendu parler par une de mes grands mères !!  Le Glaude en Franche comté,
je crois bien que je le connais, c'est un homonyme sûrement !! merci pour ce billet du cru !! Marie j'attends la suite
des aventures ambulatoires gros bizzzoux  



Andiamo 14/01/2011 10:38



Belle histoire du terrrrrroir qui me rappelle un téléfilm avec pour principaux acteurs : Victor Lanoux, et le regretté Bernard Haller, tous deux bouilleurs de cru et faisant la nique aux
"gabelous" de tout poils !



MARIE de Cabardouche- 13/01/2011 23:36



Cher Philalèthe, un certain vin fin bulleux et frais me donne encore plus d'esprit!


Seul inconvénient, ce nectar sus- cité me provoque quelques troubles de la vision. En effet, je crois voir des frisettes métalliques panteloquantes aux lobes du sommelier... Curieux,
n'est-il pas!



Philalèthe 13/01/2011 22:34



Ceux qui ne sont pas bouchés à Lémery s'ennivrent de vos histoires pleines (d'eau) de vie, ornées, comme ici, d'une illustration tirée des Leçons élémentaires de chimie de Bussard et
Dubois. Edité dans les années 1900s; c'est la période où se passe cette historiette ?


(pour ne pas trop frimer, j'avoue : j'ai cherché un peu pour trouver la référence... )


Vraiment, c'est ce que je disais dans un commentaire précédent : vous ne manquez pas d'esprit (de vin) !