L'élégante

Publié le par François & Marie

Ses ongles sont de rubis laqués,
Ses doigts de saphir bagués,
Son cou de deux rangs de perles orné.
Dans sa main fine, un sac immaculé,
En carrousel sur sa gracile épaule, une ombrelle légère.
Sur ses bottines lacées haut, elle déambule, altière...
Se tordant les chevilles...la petite fille.

bottines

Dans les années cinquante, ses sept ans elle étrenne.
De l' Elégance elle se prend pour la Reine... 
Dans la poussière du pré de la basse-cour, il n' y a pas foule,
Pour admirer sa dégaine... seulement quelques poules..
Son imagination va bon train. Elle ose esquisser des ébauches...
Scalpe un géranium, dix pétales pour ses bouts de doigts vermillonner.
Empomponne ses annulaires du lilas des succises des prés. 
Arbore des perles blanches et un sac plastifiés, tout droit sortis des presses à injecter. 
Tournicote sur son épaule la paille de riz du parapluie gagné à la kermesse.
Chaparde les bottines maternelles, les noires, celles réservées à la messe,
Y cale le bout de ses orteils avec un vieux journal,
Cinq pointures de trop, ouh ! c'est pas génial...bottines2
Superbement harnachée, elle descend l'échelle du poulailler et se baptise Meneuse de défilé.
Toisant les affairées gallinacées, sussurant- Mesdames, laissez passer...
Prévenant les canards de Barbarie- Votre soutane gominée vous sert trop le kiki, vous allez suffoquer, votre face écarlate le laisse redouter. 
Se pâmant devant le coq-  Diantre Lieutenant, ce képi rouge garance vous a des allures de Vieille France...
Courrouçant les dindons, qu'elle traite de laiderons.
Roucoulant avec les pigeons- Rououou, votre gris tourterelle ferait un chic plastron !
Interrogeant une pintade -Ma chère où trouver de votre robe de tulle, les pois?... Mais ne criaillez point, je ne vous les chiperai pas !
Rêvant devant la blanche poule de Bresse  -Demoiselle, vous porterez la robe de mariée du prochain défilé...
Hélant la meneuse de couvée - S'ils cessent de piailler, veuillez me réserver vos six petits pulls mohair jaune poussin pour cet hiver qui vient !
Se pavanant, virevoletant, elle va ainsi, 
Semant dans toute la basse- cour sa zizanie.
Se prenant un instant pour la Reine d' un jour...
S'affalant, harassée, à l'ombre du cerisier, contre le flanc du grand chien de berger. 
Constatant- Ben mon vieux Mousse, tu sais,
Etre une Elégante, ça fait très mal aux pieds...
A la marelle, je préfère jouer.
Mais avant, tu veux bien partager mon goûter?

Publié dans La p'tiote

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MARIE 09/10/2010 12:49



Merci Marijo pour votre passage par ici !


François a l'art de croquer avec justesse et humour cette p'tiote qui vient, avec bonheur, compléter ces souvenirs d'enfance...



MARIE 09/10/2010 12:43



Niaffff, cher Fil Attelle, dans le dindon ce que je préfère ce sont les châtaignes au jus offert dans un bourdaloue !


Re-niafff!



Marijo 07/10/2010 22:58



Encore une de ces histoires comme vous savez si bien les raconter toujors accompagné de dessins qui me régal. Bravo à tous les deux et bonne continuation. Bises



Philalèthe 03/10/2010 19:09



Arf ! Déjà la passion des chaussures LOL ! (et des dindons ?)



Phil 24/09/2010 08:01



Quelle fraîcheur !!!! Aaaaaahhhhhh, ça fait du bien. Merci pour ce beau moment de poésie. Tant de spontanéité remonte le moral. Je suis content. Merci.



François & Marie 24/09/2010 21:49



Merci monsieur Phil du Nord...nous nous amusons bien avec ce petit personnage, il se pourrait qu'elle revienne dans nos pages. 



MARIE 20/09/2010 11:00



Les mannequins des grands couturiers peuvent aller se rhabiller !


François a bien restitué, en images, ce défilé champêtre auquel je te remercie d'être venue assister, Christiane. Je t'embrasse.



Christiane 19/09/2010 09:05



J'ai adoré! Et le texte et les aquarelles ! Quel coup de patte François! Je crois que toutes les fillettes à cett époque essayaient les chaussures à talons de leur mère, et c'est si joliment dit.
Merci de nous faire rêver. Bonne journée et encore bravo.



Olivier de Vaux 19/09/2010 08:25



Bravo à tous les deux. Richesse du style, poésie de l'histoire, et deux merveilleuses aquarelles espiègles et tendres. Merci d'avoir ensoleillé mon dimanche qui ne fait que commencer.


 



François & Marie 19/09/2010 13:40



Merci pour vos commentaires… c'est bien agréable de tricoter une jolie page et ça l'est encore plus de recevoir vos visites.