l'Armand-

Publié le par François & Marie

Lui, c'est le Georges;

dans les années trente, il épouse l'Armande.

C'en est fait, désormais on l'appelera l'Armand!

Li, yè le Djôrge.

Pou lèvôt din lê an-nians trint', ê mèria l'Ermande.

C'qui faît que d'ce je là, ê s'appala l'Ermand!

Cliche-armand.jpg

 

L'Armand, novateur, avait en projet d'aller représenter

les machines à coudre dans les foyers.

A l'idée que son Armand allait initier

des ménagères affriolées par ces alléchantes nouveautés,

Armande faisait la sourde et était prête à en découdre!

Vlà t'y point qu' l'Ermand qu'êtôt bin d'aivant gaidje,

vouillôt étr'r'montrant d' Singér.

La Ermande voyai-ôt d'in bin mauvais u-ye

san Ermand veu totes c'tê fones qu'étint fines foules de c'tê novés ingins d'coujure.

Ill restôt sodje ape il fiôt la caire!

  

Bref, pour ne point mettre le feu aux poudres

et éviter de son Armande s'attirer les foudres, 

à se convertir cantonnier l'Armand dut se résoudre...

Oubliées navettes, fusettes et canettes

il adopta un balai, une pelle et puis une brouette.

C'qui fâît que l'Ermand d'vint cantonni...

Vaillôt mi-e ubier l' sint frusquin d'coujure

ape acceptaïe la r'maisse, la pôle ape la beuriotte.

  

Il y gagna au change en empruntant ce créneau;

de compagnon des points de couture nouveaux 

il fut intronisé maître des chemins vicinaux.

Virtuose des fossés qu'il creusait et des talus qu'il fauchait,

expert en empierrage de nids de poules et d'ornières,

il étalait et damait les tas de pierres

que les paysans de corvée, lui amenaient des gravières.

E y êvôt djaigni. Li qu'èrôt viai étr' prïnce d'la coujure, s'en d'veniôt l'rouê dê tchairêres.

E creuillôt lê tarreaux, souaillôt lê tâleus ape esaitchôt lê baôchons.

El  êtôt bin aise pou grèveler lê odjnaies ape rempi-i lê creuillons.

 

Bienveillant il laissait l'herbe des accotements

en pâture aux bien maigres troupeaux des indigents.

Tout comme une couturière eut débridé les pinces des corsets,

méticuleusement, des chemins il échancrait de saignées* les bas côtés.

Les eaux s'y écoulaient, dégageant le sentier afin que les souliers

du vérificateur Agent Voyer ne fussent point mouillés!

Boun' gent, ê souaillôt point la boun' harbe dê êcoutés, y' êtôt pou lê vèchs d'èn' poure vave qu'avôt point d'chintre.

Bin soignou, ê creuillôt dê roues daves pou qu' l'aigue sait point in débodjement (dê coups qu'san Aidgaint Vouaiyer vindrôt d'aveu sê pt'chiots sou-yers!)

    

D'un vaste chapeau paillé, du soleil il se protégeait 

et sous la pluie, d'un sac de jute il s'encapuchonnait.

Il était réservé, calme et discret.

Boun' gent, ê fiôt point d' bru, sô sin chépiau d' pêille ou bin sin tchaip'ron.

 

Arrêtait son ouvrage pour échanger deux, trois mots

avec le facteur ahanant sur son vélo,

ou pour cueillir pour l'omelette du soir

une poignée de mousserons et quelques escargots.

Dê coups, ê s'êrettôt pou bacaler d'aveu c'tu potchou d' lattres qu'avôt bin du mô su sin biclou ou bin pou queudre dê mouêchirons (pou la moulette du saï), ape quêques ptchiètes caguoilles.

 

Peut-être lorsqu'il s'appuyait un moment sur son fossoir

pour effacer sa sueur d'un grand mouchoir,

percevait-il rythmés par les trilles des oiseaux,

ces mots-clés qui l'avaient fait rêver,

...tui- tchip- Sain-gè-re- pé-da-lier...

...tui- tché - fils- z'en- aigui-llées...

...cou-cou- d'coutu-rier les ciseaux... 

Quin el êtôt êpâlaïe su san fossou, pou torchi san moêtou din san mouchou,

qui c' que t'dit qu'lê zuziaux li tchintint point,

...Tui-tchip-y'ê- la -Sin-gér... tchu-tui- lê fis in- ai-gu-yllies... cô-cô, d' coujuri-in -lê -ci-siaux...

 

Allez donc savoir...

Va t'en dan savouêr...

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Saignée: petite rigole.

 

Publié dans Histoire en Patois

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Olivier de Vaux 10/05/2012 11:44


Encore une belle histoire, bravo à tous les deux. Il serait temps de nous faire quelques enregistrements audio pour savourer encore un peu plus. Je tente parfois une traduction instantanée en
patois charolais, mais là, j'avoue qu'il me faut un bon moment pour trouver des équivalences et le résultat n'est pas probant. Peu importe, dès que j'en aurai le temps je m'y collerai
sérieusement, vos textes sont tellement réussis, ça en vaut la peine.

le pays du tse 08/05/2012 09:21


Juste pour voir différences et ressemblances:


Lu, y é le Dzordze


Vés les an-nées trente, ôl a maryi l'Armande


Y fâ que depeu stu dzo, ô s'éto app'lé l'Armand


Entre l'aiguille et la brouette,que de rêves pour le cantonnier!

Andiamo 07/05/2012 10:56


Vous savez je n'étais nullement offensant à l'encontre de "l'Armand", j'ai moi même travaillé en usine durant 40 ans en tant que technicien d'atelier, bleu de chauffe, tour, fraisage ajustage.
Dans ces conditions j'ai le plus grand respect envers les travailleurs manuels... Et tous les travailleurs en général.

Tricôtine 07/05/2012 00:37


Bonsoir tous les deux !! j'ai lu mais la version Française est indispensable!! Bienheureuse Armande l'Armand dâme les routes au lieu de faire salon de couture auprès de ces Dames !! j'aime sa
chansonnette à la Singer, ça me fait penser au "Ziii" de la faux dans le film "dialogue avec mon jardinier ", merci pour ce petit moment bucolique! Bonne nuit les petits... le marchand de sable
passe à l'instant en faisant...  Tui tchip Singèr

Marie de Cabardouche 06/05/2012 21:14


Francis - Ces gens qui faisaient la vie du village étaient un peu notre petit écran, et depuis tout ce temps on ne les a pas oubliés. Merci Francis pour votre passage.


 


Andiamo - Vous avez l'art du jeu de mots! Pour l'Armand, ce n'était aucunement péjoratif, il était le maître des fossés et son efficacité était bien appréciée. Merci
d'être venu par ici!


 


Mansfield - ...Oui, l'histoire toute simple d'un métier de campagne disparu.


Merci pour votre visite sur notre page.

mansfield 06/05/2012 15:54


A raconter le soir à la veillée, à de grands yeux écarquillés devant un feu de cheminée...

Andiamo 06/05/2012 10:39


Pour parodier Fernand Raynaud : Certains tiennent le haut du pavé, l'Armand tenait le bas du fossé ];-D

Francis 05/05/2012 15:42


Fort belle histoire que celle de ce George-Armand si joliment contée de deux voix aujourd'hui ; mais d'où vous viennent tous
ces moments de vie d'antan qui font aimer les gens ? (...)


Bonne fin de semaine plus clémente