Enigme dévoilée

Publié le par François & Marie

PAIN DE MENAGE-

   Pétrie dès l'aube, dans une maie, cuite au four familial, je suis la miche, pain de ménage.
   Ma croûte craquante est couleur-écureuil. Ma mie est bise, arômatique et aérienne. Humm, je sens le bon pain!
   C'est le chef de famille et son Eustache- couteau- rustique, qui procéde à mon entame. Il trace largement ou furtivement, une croix sur mon fondement. Par ce signe, il remercie et honore tout à la fois, le semeur, le faucheur, le meunier, le panetier et ...le Créateur.

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   Si je tombe entre les mains d'un mécréant, la technique différe: il fait vaguement zigzaguer la pointe de l' Eustache en prenant grand soin que ce tortillon n'ait SURTOUT PAS de ressemblance, de près ou de loin avec une croix !
   Pendant une semaine au moins ( en fonction des tablées ), l' Eustache est en service commandé et me partage. Il perce mon flanc, me divise en tranches larges comme une main. Et pas question de me gaspiller, on termine son croûton ! On peut aussi subtiliser celui de son voisin de table, un dicton l'absout "  Pain sur table n'a pas de maître ."
   Dans le four, le panetier m'a déposée aux côtés de mes soeurs miches ( rien à voir avec les soeurs March ) en beaux ronds pâtons (et ron et ron petit patapon ). Tsss, on se dissipe ! Afin de nous sentir moins seules et pour papoter levure et farine, nous nous sommes un peu étalées, jusqu'à nous toucher du coude. Au moment de défourner, le panetier nous a trouvées soudées en grains de chapelet, il a demandé l'aide de l' Eustache et nous a séparées avec précaution. J'en garde deux empreintes peu cuites, joliment nommées "baisers"  que les petits gourmands de la maisonnée vont venir, en cachette, creuser de leurs petits doigts pour se régaler de mie chaude. 
    Un détail, j'ai ma dignité de miche et prendrais comme un affront qu'on me mette à l'envers. C'est le pain du bourreau qui est traité de la sorte, vous voilà avertis !
    En revanche, ce que j'acceptais avec plaisir, c'était d'être débitée en gros morceau joufflu que le boulanger ajoutait  par -dessus le pain acheté, pour " faire bon poids " et qui était dévoré aussitôt par le coursier !
     Il m' est arrivé de me trouver, en menues bouchées, encorbeillée de dentelle. On m'y cueillait délicatement, mains gantées, on se signait et on me dégustait religieusement... logique, j'étais alors pain bénit.( très archaïque avec mon "t" final, mais j'y tiens c'est une coquetterie...)
      A présent que vous me connaissez mieux, n'ayez plus peur lorsque du pain en miche vous sera proposé...

 

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MARIE 09/05/2010 16:22



Merci Andrée pour votre participation active.



MARIE 09/05/2010 16:20



Merci, Monsieur O de V pour l'attention que vous accordez à notre page.


Les souvenirs sont sans doute toujours un peu nébuleux, c'est pourquoi j'accepte volontiers votre notion de nuage. Il se pourrait même que j'aille jusqu'à les arc-en-cieliser...



Olivier de Vaux 07/05/2010 08:50



Ah, quel billet d'anthologie ! Vous êtes sur un petit nuage en ce moment ! Faut dire qu'il y a l'embarras du choix pour ce qui est des nuages. Vous ferez partie de ma prochaine "fournée de
liens".



Andrée 06/05/2010 22:40



Effectivement , une bonne miche de pain , bravo.Bonne soirée Andrée



Poucette 06/05/2010 18:47



Un seul mot : magistral !


J'ignorais le "baiser"  ! Pourtant, je milite...


J'ai adoré ces trois billets. Merci à vous deux.


Très bonne soirée



François & Marie 06/05/2010 19:48



Merci merci ! Marie en a les joues qui s'empourprent … mais ce n'est pas fini, la version patois arrive ! 


bonne soirée à vous ! et encore merci pour le gentil lien .